Rentrée littéraire, première louche
Didier Séraffin
Un enfant volé
Ed. Philippe Rey
Un premier roman à la fois rêche et lumineux. Dès la première page, le narrateur, dont on ne sait rien et surtout pas ce qu’il fait dans une étable anonyme, tue deux vaches, avant d’assassiner le fermier et sa femme. Dans leur salon, il va tomber sur le « p’tit ange », un bébé de quelques mois qu’il va emporter avec lui lors de son errance. Il trouve bientôt du travail chez les Renommieux, une famille un peu frustre qui sillonnent la France avec leurs animaux : tigre, lion, panthère… Là, entre la fausse placidité des félins et les souvenirs à rallonge de la mère Renommieux, la vie va s’installer doucement entre le « père » et son « fils ».
Imparfait, forcément, ce texte mystérieux réussit réellement à installer une ambiance particulière, à la fois douce et complètement paumée, à l’image de son anti-héros pour qui on ne peut qu’avoir, si ce n’est de la sympathie, au moins de la compassion. L’auteur a en tout cas le secret de « la p’tite musique » du texte. De nombreux passages sont à lire à voix haute, pour le simple plaisir des phrases qui coulent toutes seules.
Hélène Frappat
L’agent de liaison
Allia
100 chapitres très courts (de trois lignes à deux pages) son la base de ce roman puzzle que traversent une dizaine de personnages qui vont tour à tour se confondre, voire se fondre, se croiser ou avancer en parallèle. On trouve des agents de liaison au service d’agents doubles, des trahisons, des voleurs de bijoux, des rapts d’enfants plus ou moins expliqués, des allers retours entre différents pays, des fuyardes, un jeune bègue, une descendante de l’aristocratie polonaise et une espionne qui se pique de littérature…
Antoine Volodine
Songes de Mevlido
Seuil-Fictions et cie
Joie! Bonheur! Allégresse! Le Volodine nouveau vient de paraître ! Et il est boooooooooooooon ! Mevlido, policier -ou peut-être agent double infiltré dans la police après la fin de la guerre de « tous contre tous »- vit dans Poulailler Quatre, ghetto où cohabitent chamanes coréennes, mendiantes bolcheviques hurleuses de slogans incompréhensibles, réfugiés, junkies, oiseaux pas nets (et doués de parole, voire du téléphone) et autres gallinacés qu’il vaut mieux éviter. Il vit avec une jeune femme qui n’est plus vraiment là, puisqu’elle le prend pour son ancien amant, mort lors de combats anarchistes à qui elle rend parfois visite dans le « Fouillis », dont je laisse découvrir la teneur à ceux qui prendront la peine de courir acheter ce petit chef d’œuvre…
Ce qui est génial avec ce livre, c’est que quiconque, même ceux qui ne connaissent pas Volodine, peut complètement rentrer dedans. On y trouve toujours ce mélange d’absurde, de poésie, de chamanisme et de politique qui sont la maison de l’auteur, mais il y a la une histoire suivie qui ne nous largue pas (ce qui est rare…), et qui aide pour beaucoup à rentrer dans le monde, qu’on en ait ou pas les règles….
A lire archi absolument, donc….
01/09/07 - 17:40
Tiens, le vendeur de popcorn a la nostalgie du conseil en librairie :-))))
ze_fabulous