Les plus grandes rencontres sont souvent le fruit du hasard. Ou du n'importe quoi...
J'ai douze ou treize ans et mon frangin m'emmène voir un Wallace et Gromit au cinéma. Je ne me souviens même plus de quel épisode il s'agissait, mais ce n'est pas grave, parce qu'il y a un court-métrage en première partie, qui est comme une révélation pour moi... Je découvre donc ça...
Yawahou, p... de m... de sa maman la chauve. C'est-y-quoi la musique qu'elle fait du bien par où qu'elle passe? C'est Nina Simone, m'explique le frangin. Ah, répond le petiot. Constance des préados oblige, j'ai déjà oublié le nom en sortant de la salle...
Un ou deux ans plus tard. Je suis devant la télé et une pub passe avec "My baby" en fonds sonore. D'un coup, ça me revient: wallace et gromit, le court métrage, la musique qui passe toute seule, et puis CETTE VOIX. Je redemande au frangin qu'est-c'est. Le harcèle un certain temps pour qu'il me prète un cd. Ecoute le dit-cd... Il s'agit d'un best of, "Ne me quitte pas". Et là, je découvre ce que signifie "écouter de la musique". Et par la même, je fais ma première véritable expérience dite du "retournage de cerveau et de gueule par la double attaque du cd qui tue".
J'y ai mis le temps, mais a y est. J'ai tous les cds de la High Priestess of soul. La plupart sont grandioses, certains sont moins bons... ("A single woman" est à la limite du honteux, mais il lui restait à peu près autant de voix que de tête à ce moment là donc...). Depuis quelques mois que je me suis mis au vynile, je me relance dans la course effrénée à l'intégrale 33 tours.
Je pourrais parler longtemps de sa vie, de ses combats sociaux et politiques, de sa maladie. résumer ou pas ce qui a fait d'elle un des personnages les plus fantastiques et les plus tragiques du dernier siècle musical. Elle qui fut garde malade pour son père dès l'âge de quatre ans. Elle dont le seul but était de devenir la première femme concertiste classique noire, et qui se verra "obligée" de se reconvertir dans les cours de chants, puis dans la chanson (ce qu'elle détestait) car l'époque interdisait encore qu'une blackos se prenne pour une musicienne "respectable". Elle dont la maladie l'éloigna du réel sans qu'elle puisse s'en rendre compte, au grand dam des gens qui l'entouraient et la supportaient tant bien que mal à la fin de sa vie...
Nina Simone at Carnegie Hall
Ce disque est peut-être un de mes préférés de Nina. Parce qu'elle y déploie toute la gamme de ses capacités musicales et vocales, et qu'elle se fait plaisir tout au long du concert. Bien que son réperoire soit censé être un mélange jazz-chanson, elle est enfin dans une des plus grandes salles de musique classique du pays, et c'est une des premières fois qu'elle est véritablement heureuse à l'idée d'aller chanter sur scène (dixit elle même dans "I put a spell on you", sa fausse autobiographie).
Il faut bien admettre que ce concert est parfait: après un sombre "Black swan" d'entrée, elle passera deux heures à enchaîner les tours de force: classique, berceuses pour enfants, chant juif, traditionnel japonais, folk "moyen-ageuse", ainsi qu'une reprise sensationnelle d'un de ses tubes "Work song" qu'elle et ses musiciens étirent sur plus de dix minutes, en enchainant les solos les uns après les autres.
Moon over Alabama - Live recordings
Moon over Alabama est lui aussi un très grand disque live, bien que contrairement au Carnegie Hall, il ne soit pas la tretranscription d'une soirée, mais un best-of de Nina Simone en concert. On y trouve l'hallucinante version de "pirate Jenny" (un de mes all-time favorite) de Brecht et Kurt Weil. Autre grand moment: une reprise de Burl Ives ré-intitulée "Go Limp", où Nina s'amuse avec son public, palisante ouvertement entre deux couplets, et case de temps à autres de lapidaires petites phrases à la place du texte original "If i could have a real concert, maybe i wouldn't to sing those folk songs again". Inutile de présenter toutes les chansons de ce double album, elles sont toutes parfaites (so long objectivité...). Il faut néanmoins mentionner celle-ci la version de "Don't let me be misunderstood", clairement une des plus émouvantes chansons chantées par la lady, et que les choeurs sur cette version, mélée aux trémolos tout en retenue de Nina rendent absolument poignante et magique...
Don't let me be misunderstood - version album
Emergency ward
Trois chansons uniquement. En concert. Dont une version de près de 20 minutes de My sweet Lord de Georges Harrisson, mélé à Today is a killer, sur fonds de chorale gospel. La preuve par une qu'une chanson de vingt minutes peut n'en durer que cinq quand on l'écoute... Plusieurs années que je l'écoute, et toujours incapable de m'en lasser. En vingt secondes, je sautille et je rentre doucement en transe. Je crois qu'un de mes plus grands rêves aurait été d'assister à cette soirée...
Baltimore
Un album atypique, mais très réussi, bien que Nina Simone, qui l'a pliée en trois jours pour etre en règle avec sa maison de disques, le détestait profondément... Un album étrange, car il cumule les fusions inter-genres et les styles que Nina abordait d'habitude assez peu: reggae (Baltimore), reggae-gospel (Balm in Gilead), RnB (the family), gospel rock (heaven belongs to you) et autres refrains pop endiablés (rich girl)... Un bel exemple de ce que peux produire une véritable artiste quand elle sort de son répertoire, même en faisant ça par dessus la jambe....
Une ptite vidéo pour finir ce premier tour des albums indispensables de la Simone...
"So wild is the wind" : mon préféré. Merci pour ce post.
RonanS (visiteur)
04/08/07 - 22:00
Oui, merci . C'est beau, tant de ferveur !
Je rêve d'entendre cette version de "My sweet Lord" , moi qui suis un grand fan d'Harrison , et vu que Nina Simone , j'aime vachement aussi, je vais tenter de me la procurer :)
" Juste avant le solstice d'hiver, Khrili Gompo fut envoyé en mission d'observation pour la première fois. Il y avait plusieurs décennies qu'il s'entrainait, et c'était maintenant à lui de partir. On lui avait accordé une demi-minute d'apnée avant le retour. Il disposerait de ces trente secondes pour évaluer l'état du monde et recueillir des éléments sur les peuplades qui l'habitaient encore, sur leur culture et leur avenir. C'était un délai peu généreux, mais, comme conditions de travail, on avait déjà vu pire."
Antoine Volodine, Des Anges Mineurs
(1) Alexis HK - C'que t'es belle en Live
(2) So Called - The SoCalled Seder, a hip hop haggaddah
(3) The Velvet Underground and Nico
(4)The unbelievable truth - Almost here
(5,6,7,8) Nina Simone - Live at Carnegie Hall - Moon over Alabama - Emergency ward - Baltimore
04/08/07 - 14:32
"So wild is the wind" : mon préféré. Merci pour ce post.
RonanS (visiteur)