Can't get no bus to Pomona
C'est un exercice difficile que d'aller au cinéma en se mettant en conditions pour ne rien attendre, ne rien anticiper. Calé au troisième rang et la lumière qui s'éteind, faire abstraction de ce qu'on a entendu ou lu, et partir du principe que 2h50, c'est rien que 2h50, qu'on y comprendra rien et que ca va être visuellement violent, caméra dv oblige. Résister à la tentation, à chaque fois qu'une phrase, un lieu, un nom ou un objet refait surface au cours du film d'y voir le début potentiel d'une quelconque explication dont on se fout... C'est un exercice difficile, mais le bonheur n'en est que plus immense.
Je ne parlerai ni de synthèse lynchienne, ni de la trilogie parfaitement cohérente que forment "Lost Highway", "Mullholand Drive" et "Inland empire" (et il y aurait beaucoup à dire mais j'attendrai d'avoir revu celui là deux ou trois fois avant...). Je ne parlerai pas de l'histoire puisque, ô surprise, je n'y ai rien entravé du tout. Je répéterai en revanche la dernière phrase de Lynch avant la présentation de son film à la Mostra de Venise: "Je vous souhaite à tous une bonne expérience."
Un film a-t-il besoin d'être clair et linéaire pour coller le frisson? l'histoire doit-elle absolument avoir un sens? Chaque détail doit-il être décortiquable, expliquable et explicite pour que le spectateur ne se sente pas largué? Que non!!! L'abandon est parfois une "expérience" des plus enrichissantes... Alors qu'en retirer?
Déjà, je m'insurge en faux contre ceux qui m'ont parlé de la dv comme la principale mauvaise idée du film. J'avais nettement plus la gerbe en allant voir cette bouse de Blair Witch. Lynch arrive à tirer de sa caméra des images à couper le souffle, et s'il abuse plus que d'habitude des surimpressions, des flous etc etc, c'est peut-être tout simplement que.... le film dure plus longtemps. Il y a aussi ce traitement du son qui confine à la perfection pure. Un grand nombre de scènes absolument bluffantes (de la voisine en Cassandre malsaine à la mort d'une des Laura Dern sur un morceau de trottoir). Sans parler de ce générique de fin (et je ne parle pas de la musique choisie) où, ouvertement, Lynch s'amuse de son public en conviant les actrices de Mullholand et un clone de Patricia Arquette période Lost Highway comme pour dire "Bon Courage les gens, raclez bien vous l'encéphale..."
J'ai rien entravé. M'en tape. C'est court deux heures cinquante...
Encore...
13/02/07 - 20:22
Héhé, rien que pour me contredire ;-)
coronys