Un premier roman à la fois rêche et lumineux. Dès la première page, le narrateur, dont on ne sait rien et surtout pas ce qu’il fait dans une étable anonyme, tue deux vaches, avant d’assassiner le fermier et sa femme. Dans leur salon, il va tomber sur le « p’tit ange », un bébé de quelques mois qu’il va emporter avec lui lors de son errance. Il trouve bientôt du travail chez les Renommieux, une famille un peu frustre qui sillonnent la France avec leurs animaux : tigre, lion, panthère… Là, entre la fausse placidité des félins et les souvenirs à rallonge de la mère Renommieux, la vie va s’installer doucement entre le « père » et son « fils ».
Imparfait, forcément, ce texte mystérieux réussit réellement à installer une ambiance particulière, à la fois douce et complètement paumée, à l’image de son anti-héros pour qui on ne peut qu’avoir, si ce n’est de la sympathie, au moins de la compassion. L’auteur a en tout cas le secret de « la p’tite musique » du texte. De nombreux passages sont à lire à voix haute, pour le simple plaisir des phrases qui coulent toutes seules.
Hélène Frappat
L’agent de liaison
Allia
100 chapitres très courts (de trois lignes à deux pages) son la base de ce roman puzzle que traversent une dizaine de personnages qui vont tour à tour se confondre, voire se fondre, se croiser ou avancer en parallèle. On trouve des agents de liaison au service d’agents doubles, des trahisons, des voleurs de bijoux, des rapts d’enfants plus ou moins expliqués, des allers retours entre différents pays, des fuyardes, un jeune bègue, une descendante de l’aristocratie polonaise et une espionne qui se pique de littérature…
Antoine Volodine
Songes de Mevlido
Seuil-Fictions et cie
Joie! Bonheur! Allégresse! Le Volodine nouveau vient de paraître ! Et il est boooooooooooooon ! Mevlido, policier -ou peut-être agent double infiltré dans la police après la fin de la guerre de « tous contre tous »- vit dans Poulailler Quatre, ghetto où cohabitent chamanes coréennes, mendiantes bolcheviques hurleuses de slogans incompréhensibles, réfugiés, junkies, oiseaux pas nets (et doués de parole, voire du téléphone) et autres gallinacés qu’il vaut mieux éviter. Il vit avec une jeune femme qui n’est plus vraiment là, puisqu’elle le prend pour son ancien amant, mort lors de combats anarchistes à qui elle rend parfois visite dans le « Fouillis », dont je laisse découvrir la teneur à ceux qui prendront la peine de courir acheter ce petit chef d’œuvre…
Ce qui est génial avec ce livre, c’est que quiconque, même ceux qui ne connaissent pas Volodine, peut complètement rentrer dedans. On y trouve toujours ce mélange d’absurde, de poésie, de chamanisme et de politique qui sont la maison de l’auteur, mais il y a la une histoire suivie qui ne nous largue pas (ce qui est rare…), et qui aide pour beaucoup à rentrer dans le monde, qu’on en ait ou pas les règles….
A lire archi absolument, donc….
Vieux con attitude oblige, je suis Claude, l'homme invisible irascible qui bouscule les passants dans la rue, s'énerve sans cesse et apprend à Peter à maitriser ses pouvoirs en le balançant du cinquième étage....
Le KhriliGompo n’est pas un mauvais bougre, la preuve en est que même sans avoir été nommément cité à comparaître par écrit, il se plie de plus ou moins bonne grâce à un exercice qu’il fait semblant d’exécrer, tout ça par sympathie pour un certain gaïen de sa connaissance.
Voici donc en sept points une tentative d’esquisse de l’essence même du Khrili… Rien que ça…
1- Fonction Vitale
Le Khrili est par essence un passionné. Il réfute en bloc (et en colère) les gens qui le traitent d’intellectualiste, d’élitiste ou de snob, qu’ils considèrent comme des noms de mauvaises herbes et de tue plaisir. S’il aime parler pendant des heures de livres, de musique ou de films, c’est pour décortiquer intrigues, personnages, ressenti et frissons (ou notes, lignes de guitares, ressenti et frissons) et non pour se racler l’encéphale sur les courants littéraires, la valeur intrinsèque d’un quelconque message aux masses ou autres remises en contexte historico politiques. Il ne supporte pas les gens qui commencent leurs phrases par « Il FAUT avoir lu/vu/entendu… » mais est au taquet dès qu’il entend un « Je me suis pris une grosse claque en lisant/écoutant/regardant… ». Il n’y a qu’à constater : il a les yeux qui brillent de plaisir quand il parle de ce qui lui plaît, et non le regard pète-sec et mi-fermé du prof d’université qui s’ennuie tout seul à s’écouter parler. Il s’enthousiaste autant sur Svinkels et Schubert, Terrence Malick et Ratatouille, Marcel Schwob et Harry Potter. Le Khrili aime l’échange, les découvertes l’aident continuellement à recharger ses batteries.
2- Soundtrack of our lives
Le Khrili aime, adore, idolâtre les listes. Suite au paragraphe précédent, il ne résiste pas à la tentation d’en caser une au cours de cet exercice, en traçant de lui-même un portrait en quinze titres.
Radiohead - No surprises
Fiona Apple - Waltz (better than fine)
Geeshie Wiley – Last kind word blues
Nina Simone – I wish I knew how it would feel to be free
Orchestra Baobab – Utru Horas
Solomon Burke – Fast train
Nosfell – Likade Liditärk
Matt Elliott – The Kursk
Eels – Mr E’s beautiful blues
Isley Brothers – This old heart of mine (is weak for you)
Cowboy Junkies – Musical Key
Dead Can Dance – Yulunga (spirit dance)
Tom Waits – Tango till they sore
Lisa Gerrard – Now we’re free
Camille – Mon petit vieux
(Le Khrili aimant également les restrictions casse-couilles, il s’est efforcé de ne pas nommer un artiste deux fois et de faire tenir le tout dans un cd de 80 min. Il est comme ça.)
3- Parallèle
La propension à l’imaginaire a été très tôt une constante de l’univers du Khrili. Petit déjà, faire émerger des mondes entiers et les personnages les habitant lui semblait une activité si ce n’est normale, du moins salutaire. Il entame à l’âge de onze ans une relation tumultueuse avec l’écriture –maladie assimilable à la petite vérole- et découvre que l’imagination et le travail s’accordent très mal ensembles, vu que le premier traverse des océans en une poussière de secondes quand le deuxième s’effectue mot à mot comme un voyage en transsibérien. Leur histoire est entrecoupée de breaks et de rabibochages, comme dans les mauvais films. En 1997 naît l’Etat de Grâce, pays imaginaire ou (sur)vivent vivants, morts, shamans, superstitiés, visionnaires, artistes fous, enfants fugitifs et autres familles lycanthropes, et où se situent toutes les créations du couple depuis lors. Ils essaient d’y mettre un peu d’ordre en en ordonnant les chroniques, ce qui s’avère lent et extrêmement douloureux pour le Khrili. Toujours au bord de la rupture, celui-ci se demande s’il ne va pas tarder à jeter l’éponge, histoire de renouer avec le calme qui lui sied tant…
4- Entourage
Le Khrili a eu deux catégories d’amis : imaginaires jusqu’à ses seize ans (un peu depuis aussi, voir paragraphe précédent), en chair et en os depuis. Il a su tirer réconfort des premiers et réaliser l’importance des seconds. Le Khrili aime ses amis dans leurs qualités (nombreuses le plus souvent) comme dans leurs défauts (même commentaire). S’il lui arrive –assez rarement au final- de leur reprocher ces derniers, c’est toujours en sachant pertinemment qu’ils ont contribué à l’attachement ressenti pour la personne en question, et qu’il doit en conséquence les choyer d’égale mesure. Ce qui est parfois un pu dur, convenons en… Le Khrili est toujours aux anges à la vision d’une tablée d’amis venus partager un verre, un repas, une soirée, ou un brunch tardif le dimanche après-midi. Il apprécie de mélanger ces connaissances venues de milieux et d’époques différentes de sa vie (les internes, les libraires, les gaïens…) pour voir si la sauce va prendre, ce qui est le plus souvent le cas, car les amis du Khrili sont tout bonnement formidables…
(Le Khrili se rend parfois compte, lors d’exercices introspectifs gaïens, qu’il oublie de mentionner sa très réduite mais très importante famille, ce qui serait criminel : le temps qu’il passe à les critiquer montre bien à quel point il les aime et à quel point il a besoin de leur présence dans sa vie. Ceci dit sans une once d’ironie.)
5- Quête du bonheur
Le Khrili, donc, aspire comme beaucoup au bonheur, mais surtout au calme, notions qui lui paraissent indissociables. A l’âge où d’autres rêvent de passions déchirantes (et souvent bruyantes) sur les eaux en furie de l’euhmûûûr, lui ne jurait que par la simplicité d’un couple où aucune question ne se pose. Il a compris qu’à ses yeux, l’amour devait être lieu de ressource, et non de conflits. Après s’être cassé les dents une ou deux fois et s’être confirmé que les drames à quat’sous n’étaient vraiment pas son fort, il fait la rencontre d’un grand nounou auto déclaré « tout mou » qui le séduit d’un taboulé et d’un yaourt à la mangue. Leurs différences sont légions, leurs façons d’appréhender les choses également. Mais pas la façon de vivre leur petit morceau de bonheur à deux. Khrili compte d’ici peu l’épouser et lui faire toute une tripotée de chiards, qu’ils saupoudreront de quelques présences canines et félines, dans une maison à la campagne.
En climat tempéré, bien sûr…
6- Mode de vie
Le Khrili ne se leurre pas : il n’a pas une très bonne hygiène de vie, ce qu’il voudrait changer sans pourtant faire les efforts nécessaires. Il clope ses deux paquets par jour, boit beaucoup trop, s’enfume les neurones, ne fait qu’un vrai repas par jour, boit trop de café, se couche rarement avant deux heures du mat et ne se lève jamais avant l’heure de Malcolm sur M6.
Résultats : il a de fréquents problèmes d’estomac, il est toujours décalé, met des heures à émerger, n’arrive plus à ingérer du solide avant 17h et, sur une radio, la petite tache de la taille d’une tumeur est en fait la partie saine de ses poumons. Un jour, il changera tout ça… Un jour. Ou l’autre.
7-Avenir
Malgré tout cela, le Khrili compte vivre vieux, très vieux, car à quoi bon s’entraîner si jeune à être un vieux con réac si ce n’est pour arriver à l’âge dit avec l’entraînement adéquat ? A l’heure où il lui faudra s’éteindre, le Khrili s’imagine bien vivant à Arles, ou près de Marvejols, en Lozère, ou tout autre endroit calme et baigné de soleil qu’il aura découvert au fil des ans. Mélange des personnages joués par Jean Pierre Bacri et du Seymour de Ghost World, il sera propriétaire d’un magasin de disques vinyles, qu’il vendra seulement aux clients qui sauront en prendre soin et qui auront des bonnes têtes. Il passera ses soirées à écouter de la musique d’un autre âge en lisant des livres papiers, à une époque où plus personne ne le fera, avec un matou miteux sur les genoux. Les voisins l’appelleront « le vieux con », leurs enfants l’éviteront autant que possible de peur de se voir jeter un sort. Idéalement, son nounou sera à ses côtés, à lui faire remarquer qu’il boit trop et qu’à son âge, les pétards ne sont plus de mise. Il le regardera d’un œil énamouré mais lui répondra de se mêler de ses affaires. En réalité, il sera touché que le nounou en question prenne encore le soin de dire ce genre de choses. Il lui préparera une tisane et un bain de pieds pour excuser son ton brusque.
N’est pas vieux con qui veut….
Emilie Simon : 15 septembre - Salle Pleyel
Solomon Burke: 25 octobre - Cité de la musique
The four Tops et The temptations : 5 novembre - L'olympia
Nosfell (avec orchestre et danseurs) : 27 novembre - Cité de la musique
Plus une place pour Lisa Gerrard (grâce soit rendue éternellement à ZeNikko) et une pour Svinkels!
Putain de sa race, je vais voir les Four Tops! En vrai de vrai! Et Solomon Burke itou!!!! Je me fais pipi dessus rien que d'y penser.
Les plus grandes rencontres sont souvent le fruit du hasard. Ou du n'importe quoi...
J'ai douze ou treize ans et mon frangin m'emmène voir un Wallace et Gromit au cinéma. Je ne me souviens même plus de quel épisode il s'agissait, mais ce n'est pas grave, parce qu'il y a un court-métrage en première partie, qui est comme une révélation pour moi... Je découvre donc ça...
Yawahou, p... de m... de sa maman la chauve. C'est-y-quoi la musique qu'elle fait du bien par où qu'elle passe? C'est Nina Simone, m'explique le frangin. Ah, répond le petiot. Constance des préados oblige, j'ai déjà oublié le nom en sortant de la salle...
Un ou deux ans plus tard. Je suis devant la télé et une pub passe avec "My baby" en fonds sonore. D'un coup, ça me revient: wallace et gromit, le court métrage, la musique qui passe toute seule, et puis CETTE VOIX. Je redemande au frangin qu'est-c'est. Le harcèle un certain temps pour qu'il me prète un cd. Ecoute le dit-cd... Il s'agit d'un best of, "Ne me quitte pas". Et là, je découvre ce que signifie "écouter de la musique". Et par la même, je fais ma première véritable expérience dite du "retournage de cerveau et de gueule par la double attaque du cd qui tue".
J'y ai mis le temps, mais a y est. J'ai tous les cds de la High Priestess of soul. La plupart sont grandioses, certains sont moins bons... ("A single woman" est à la limite du honteux, mais il lui restait à peu près autant de voix que de tête à ce moment là donc...). Depuis quelques mois que je me suis mis au vynile, je me relance dans la course effrénée à l'intégrale 33 tours.
Je pourrais parler longtemps de sa vie, de ses combats sociaux et politiques, de sa maladie. résumer ou pas ce qui a fait d'elle un des personnages les plus fantastiques et les plus tragiques du dernier siècle musical. Elle qui fut garde malade pour son père dès l'âge de quatre ans. Elle dont le seul but était de devenir la première femme concertiste classique noire, et qui se verra "obligée" de se reconvertir dans les cours de chants, puis dans la chanson (ce qu'elle détestait) car l'époque interdisait encore qu'une blackos se prenne pour une musicienne "respectable". Elle dont la maladie l'éloigna du réel sans qu'elle puisse s'en rendre compte, au grand dam des gens qui l'entouraient et la supportaient tant bien que mal à la fin de sa vie...
Nina Simone at Carnegie Hall
Ce disque est peut-être un de mes préférés de Nina. Parce qu'elle y déploie toute la gamme de ses capacités musicales et vocales, et qu'elle se fait plaisir tout au long du concert. Bien que son réperoire soit censé être un mélange jazz-chanson, elle est enfin dans une des plus grandes salles de musique classique du pays, et c'est une des premières fois qu'elle est véritablement heureuse à l'idée d'aller chanter sur scène (dixit elle même dans "I put a spell on you", sa fausse autobiographie).
Il faut bien admettre que ce concert est parfait: après un sombre "Black swan" d'entrée, elle passera deux heures à enchaîner les tours de force: classique, berceuses pour enfants, chant juif, traditionnel japonais, folk "moyen-ageuse", ainsi qu'une reprise sensationnelle d'un de ses tubes "Work song" qu'elle et ses musiciens étirent sur plus de dix minutes, en enchainant les solos les uns après les autres.
Moon over Alabama - Live recordings
Moon over Alabama est lui aussi un très grand disque live, bien que contrairement au Carnegie Hall, il ne soit pas la tretranscription d'une soirée, mais un best-of de Nina Simone en concert. On y trouve l'hallucinante version de "pirate Jenny" (un de mes all-time favorite) de Brecht et Kurt Weil. Autre grand moment: une reprise de Burl Ives ré-intitulée "Go Limp", où Nina s'amuse avec son public, palisante ouvertement entre deux couplets, et case de temps à autres de lapidaires petites phrases à la place du texte original "If i could have a real concert, maybe i wouldn't to sing those folk songs again". Inutile de présenter toutes les chansons de ce double album, elles sont toutes parfaites (so long objectivité...). Il faut néanmoins mentionner celle-ci la version de "Don't let me be misunderstood", clairement une des plus émouvantes chansons chantées par la lady, et que les choeurs sur cette version, mélée aux trémolos tout en retenue de Nina rendent absolument poignante et magique...
Don't let me be misunderstood - version album
Emergency ward
Trois chansons uniquement. En concert. Dont une version de près de 20 minutes de My sweet Lord de Georges Harrisson, mélé à Today is a killer, sur fonds de chorale gospel. La preuve par une qu'une chanson de vingt minutes peut n'en durer que cinq quand on l'écoute... Plusieurs années que je l'écoute, et toujours incapable de m'en lasser. En vingt secondes, je sautille et je rentre doucement en transe. Je crois qu'un de mes plus grands rêves aurait été d'assister à cette soirée...
Baltimore
Un album atypique, mais très réussi, bien que Nina Simone, qui l'a pliée en trois jours pour etre en règle avec sa maison de disques, le détestait profondément... Un album étrange, car il cumule les fusions inter-genres et les styles que Nina abordait d'habitude assez peu: reggae (Baltimore), reggae-gospel (Balm in Gilead), RnB (the family), gospel rock (heaven belongs to you) et autres refrains pop endiablés (rich girl)... Un bel exemple de ce que peux produire une véritable artiste quand elle sort de son répertoire, même en faisant ça par dessus la jambe....
Une ptite vidéo pour finir ce premier tour des albums indispensables de la Simone...
" Juste avant le solstice d'hiver, Khrili Gompo fut envoyé en mission d'observation pour la première fois. Il y avait plusieurs décennies qu'il s'entrainait, et c'était maintenant à lui de partir. On lui avait accordé une demi-minute d'apnée avant le retour. Il disposerait de ces trente secondes pour évaluer l'état du monde et recueillir des éléments sur les peuplades qui l'habitaient encore, sur leur culture et leur avenir. C'était un délai peu généreux, mais, comme conditions de travail, on avait déjà vu pire."
Antoine Volodine, Des Anges Mineurs
(1) Alexis HK - C'que t'es belle en Live
(2) So Called - The SoCalled Seder, a hip hop haggaddah
(3) The Velvet Underground and Nico
(4)The unbelievable truth - Almost here
(5,6,7,8) Nina Simone - Live at Carnegie Hall - Moon over Alabama - Emergency ward - Baltimore