23/12/2006Encore un post à la con...
A la naissance, la musique n’existe pas, car tout est son. Il ne le sait pas, mais lors de sa grossesse, sa mère avait remarqué que, lorsque celui-ci s’agitait, un peu de musique classique l’incitait à s’apaiser. Il lui faudra plusieurs semaines pour isoler une mélodie du brouhaha quotidien, un peu plus pour l’identifier comme telle.
La musique s’associe au fur et à mesure à certains moments clés de ses journées. On chantonne pour l’endormir. Il remarque que certains chants accompagnent les jeux, et que ceux-ci sont plus rigolos que les chants associés à la sieste, plus calmes et lancinants.
A cinq ans, son intérêt pour la musique est aussi visuel. Les chansons et les musiques simplettes qui accompagnent les dessins animés qu’il regarde lui enseignent sans qu’il s’en rende compte que la musique peut influencer son comportement. Il sent –et dit- que certaines musiques « font peur », et crée un lien avec les images qui « font peur » elles aussi.
A sept ans, on lui fait prendre des cours de solfège et il découvre que beaucoup de lois régissent la musique, lois qu’il doit connaître parfaitement pour « jouer bien » (concept encore un peu vague). Les mélodies se font leçons et l’art se fait matière.
A douze ans, il annonce courageusement à ses parents qu’il veut arrêter les cours de piano qu’il prend deux fois par semaines depuis cinq ans. L’instrument l’emmerde et le classique lui sort par les yeux. Il se déchaîne sur des tubes pour ados estampillés M6 et, sur un air de dance music, il trouve dans les premières pelles qu’il roule –salive comprise- à la petite X. , Y. ou Z., un sens nouveau à sa vie…
A quatorze ans naît le rebelle. Il boit des bières dans des « soirées », fait de la guitare dans un groupe punk, parce que c’est une musique de ouf pour cracher sa rage au monde. (ou : Il s’habille tout en noir et écoute du gothique parce que lui a bien compris que c’est dans la mort que réside le sens de la vie…) Bref, il est navrant…
A 16 ans, lycée oblige, il prend un coup de vieux de partout. Il est de toutes les manifs, écoute des trucs engagés, du « bon son », et fustige flics et pouvoir. La musique se fait là aussi facteur de cohésion, à un âge où celle-ci est en vacances…
A 19 ans, il laisse le rap aux révoltés et fume des pétards à tout va. Tout comme le THC, la musique des seventies parle au moindre de ses neurones. Chacune de ses pensées accouche avec une longueur sans fin. Son corps se traîne. C’est bien simple, il ne fait plus l’amour que sur Shine on You, Crazy Diamond.
A 23 ans, il adore les « anciens ». Il trippe sur Piaf, Brassens, Brel, ferré, les trouve étonnamment modernes. Après sa phase hallucinée, c’est dans le réaliste qu’il prend son pied. La poésie des rues lui parle, évoque des scènes d’une autre époque. Il a la nostalgie de ce qu’il n’a jamais connu.
Il a beau ne plus fumer de pétards depuis belle, c’est vers les 27 ans qu’il découvre le reggae. Il travaille beaucoup et la musique ne lui est plus qu’un moment de détente : il ne va pas se plomber volontairement le moral… Les rythmes jamaïcains, frais et doucement sautillants, le distraient plus que les airs nostalgiques d’une époque qu’il n’a –de toute façon- pas connue…
A 35 ans, il se rend compte qu’il a déjà 35 ans, qu’il n’a pas voyagé et découvert autant qu’il l’aurait souhaité. Il découvre les musiques du monde, l’Afrique d’abord, le son cubain, le flamenco. L’enchaînement des genres lui est naturel, il fait en sorte d’apprécier ce que ses oreilles ne comprennent pas. Il aime le traditionnel, mais préfère le mélange ancien-moderne qui lui permet de ne pas perdre pied dans les sonorités mondiales.
La quarantaine ne lui fait pas peur. Il passe le cap sans coup de jeunisme ou de soleil. Tout au plus un regard en arrière lui fait-il percevoir ce qui « aurait pu être » de « ce qui a trop souvent été ». Les thèmes récurrents, les solos et les apartés, les digressions et les standards de sa vie trouvent un écho dans les structures même du jazz, qu’il écoute à longueur de journée. Cette musique lui a toujours plu mais peut-être nécessitait-elle de sa part un recul qu’il n’avait pas encore atteint. Il tache de lier le fonds et la forme. Plus que jamais, il conçoit la musique comme une histoire et relie tout à un contexte. Ses goûts sont de plus en plus stricts.
La Grande Musique s’impose d’elle-même, avec le temps. La rigueur classique le renvoie à son solfège, où chaque note était codifiée. Il y trouve là un réconfort. Les mélodies ne lui inspirent plus d’images neuves mais la moindre note lui fait revivre une sensation lointaine et enfouie, un souvenir, une tranche de sa propre vie.
La symphonie, les chœurs lui tiennent quelques années, puis la musique de chambre.
Enfin, il n’écoute plus que du piano.
A 70 ans passés, près de son lit d’hôpital, une machine liée à son coeur égrène un bip toutes les cinq secondes.
C’est fort dommage. Il aurait préféré partir dans un silence parfait.
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| " Juste avant le solstice d'hiver, Khrili Gompo fut envoyé en mission d'observation pour la première fois. Il y avait plusieurs décennies qu'il s'entrainait, et c'était maintenant à lui de partir. On lui avait accordé une demi-minute d'apnée avant le retour. Il disposerait de ces trente secondes pour évaluer l'état du monde et recueillir des éléments sur les peuplades qui l'habitaient encore, sur leur culture et leur avenir. C'était un délai peu généreux, mais, comme conditions de travail, on avait déjà vu pire."
Antoine Volodine, Des Anges Mineurs (1) Alexis HK - C'que t'es belle en Live
(2) So Called - The SoCalled Seder, a hip hop haggaddah
(3) The Velvet Underground and Nico
(4)The unbelievable truth - Almost here
(5,6,7,8) Nina Simone - Live at Carnegie Hall - Moon over Alabama - Emergency ward - Baltimore
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