11/08/2006

11/08/06 - 22:30

L'ami Terry et moi... (2)

Ne lisez pas ce post!!!!!!!!! J'vous aurais prévenu!


(…)le part pris habituel chez Malick de sembler délaisser les hommes pour préférer s'intéresser à une nature censément immuable donne ici (à savoir dans Les Moissons du Ciel) l'impression d'un mépris du réalisateur pour ses congénères humains.(…) Blogueur anonyme voué à le rester…


Comme dit dans ce post à épisodes qui n’en doutons point, colle à son siège tous les lecteurs de GA (mais si mais si…), Terrence Malick est tout sauf un asocial méprisant. Particulièrement dans Les Moissons du Ciel, la Nature est un réflecteur des passions humaines. L’action se passe sur une durée d’un an, d’une moisson à l’autre, et chaque saison correspond à un stade de l’histoire (éclosion de l’amour pendant les moissons, mariage au début de l’automne, frilosité du ménage à trois pendant l’hiver, choix définitif de la jeune femme lors du printemps et conclusion criminelle en fin de cycle, lors des moissons suivantes.)

De même, dans Le Nouveau Monde, la Terre, enjeux du conflit entre natifs et colons, semble double. Du côté des natifs, le moindre filet de lumière pénétrant la forêt semble une offrande de la « Mother » tant révérée, et est filmé comme telle, apparition fugitive d’une omniprésence apaisante, alors qu’à quelques kilomètres de là, les colons baignent constamment dans la boue et la maladie, incapables de semer quoi que ce soit de viable. C’est Pocahontas qui leur apportera semis et nourritures. Les nombreuses scènes ou ce grand falot de Colin Farrell découvre le mode de vie des indiens est là encore révélateur du cinéma de Malick. John Smith (C.F.) fait constamment référence à la bonté et à la simplicité inhérente aux indiens, et bien que se sachant lui-même, de par son appartenance trop mal évoluée, hors de portée de cet état de grâce, trente de s’y immerger le plus possible. Pocahontas est pour lui moins une femme de chair que l’incarnation d’un paradis perdu.

Bref, Malick ne délaisse jamais les hommes au profit d’une nature qui trouverait plus de grâce à ses yeux… Au contraire, l’homme est constamment le centre de chaque image, et de chaque réflexion du réalisateur. C’est dans ce même esprit que Malick dote chacun de ses films de voix-off inoubliables, dont là encore, les utilisations sont multiples… Ce qui nous emmène, bande de petits veinards, à…


2. Le paysage sonore

(on arrête de passer des petits mots à sa voisine au fond et on fait un peu attention au cours, merci…)

Le terme de paysage sonore semble ce qu’il y a de plus approprié pour définir le traitement du son chez Malick. Il se décompose dans les différents films d’un habile tressage entre musique (BO), bruits naturels, dialogues et voix-off. On peut néanmoins noter une réelle évolution au fur et à mesure des films dans l’utilisation même de ce paysage sonore, qui, au fur et à mesure, reflète en s’affinant la démarche première du réalisateur…

Dans Badlands, Holly nous dévoile sa façon d’appréhender le monde en commentant d’une voix quasi atone sa fuite avec Kit. L’importance du film réside moins dans le fait-divers en lui-même que dans cette voix-off, qui éclaire toute l’irréalité des protagonistes vis-à-vis de ce qu’ils vivent. Ni l’un ni l’autre ne réalisent vraiment ce qu’ils font ni pourquoi ils fuient. Kit dira à la fin, à un policier, qu’il voulait simplement être connu « mais peut-être pas tant que ça ». Holly, elle, passe son temps à se demander ce que serait sa vie si chaque détail de celle-ci avait été différent, ou à écrire des phrases sur son palais avec le bout de sa langue pour être sûre que personne ne puisse les lire, ou à rêver qu’elle se réveillera bientôt chez elle, et que rien de grave ne sera arrivé, prenant même le soin de constater « mais ça n’arriva jamais ». le but avoué de Malick sur Badlands était de tracer le portrait d’une adolescente dont le monde intérieur était si peu en phase avec le réel que rien ne pourrait la compromettre. Qu’elle parle des plantes de la forêt ou qu’elle raconte la mort de son ami sur la chaise électrique, le ton reste le même, mou, détaché, sans emprise sur le réel… On est presque surpris, tandis qu’elle lit un livre à haute voix (L’expédition du Kon-Tiki, me semble-t-il) de se rendre compte qu’elle a plus de facilité à mettre le ton et un tant soit peu de vie sur les paroles d’un autre que sur ses propres pensées. Est-il alors surprenant d’apprendre, à la fin du film, qu’une fois graciée par la cour, elle finit par épouser le fils de son avocat ? Incapable de se prendre en main, passant d’un « protecteur » à un autre (son père, Kit, son mari…) pour ne pas avoir à affronter sa propre vie, Holly est le reflet de sa voix. D’ailleurs, les dialogues entre les deux protagonistes sont en quelque sorte des voix-off plus que des dialogues. Chacun monologue plus qu’il ne communique, et même les relations sexuelles, qu’ils laissent rapidement tomber, ne leur procure aucune impression de « faire partie » d’un quelque chose, quel qu’il soit. Kit voudrait être James Dean, et a besoin de sa « girl » pour pleurer sur sa tombe quand une balle de la police l’arrêtera en pleine gloire criminelle. Holly a besoin de suivre quelqu’un qui s’occupera d’elle.
Les musiques choisies ajoutent au caractère des personnages. Kit ne réagit qu’à Nat King Cole, quand les moments où Holly veut être seule « avec elle-même » sont bercés par les ambiances mélancoliques des « Trois morceaux en forme de poire » de Satie. Les scènes de rupture avec le monde extérieur (la scène de l’incendie de la maison de Holly, ou dans la forêt, sont elles illustrées par les chœurs de Carl Orff (la scène de l’incendie est d’une beauté à couper le souffle)).

« I’ve been thinking what to do with my future. I could be a mud doctor, checking out the earth underneath” Linda, les moissons du ciel

Plus encore qu’Holly, la petite Linda, des Moissons, est un personnage fascinant. Elle est la narratrice du film, à la fois point de vue omniscient (elle sait que ses « frère et sœur » sont en réalité amants, qu’ils en veulent à la richesse du propriétaire terrien, que celui-ci est en passe de mourir…) et totalement étranger à l’action (elle ne fait pas partie du trio amoureux, se contentant d’en récolter les privilèges, dont par ailleurs elle se fout…). Enfant trop vite grandie (on la voit au tout début du film travailler pour une usine, puis confectionner des fleurs en papier à revendre dans la rue), elle est le fruit d’une période trouble qui n’offre aucun horizon (le film se passe pendant la grande dépression aux USA). Là encore, l’époque du film est toute entière contenue dans sa voix : parlant crûment, sans état d’âme, persuadée que l’avenir ne peut-être que sombre. Même la période où elle mènera une vie de riche à la ferme ne trouvera guère grâce à ses yeux. « Les riches ont tout compris, ils ont la vie facile », mais les seuls moments d’amour avoués qui transparaîtront dans ses monologues seront pour les champs de blé, dont l’odeur s’insinue jusque dans ses rêves. Elle ira jusqu’à mentionner que, pour partir plus rapidement de la ferme, elle pense à voler les médicaments qui tiennent le propriétaire terrien en vie, et qu’elle le ferait sans état d’âme « comme pour les chevaux, qu’on abat dès qu’ils sont malades. »

Les bruits de la nature sont dans les Moissons de plus en plus présents : vent dans les blés, sauterelles, poules d’eau, fuite bruyante de tous types d’animaux dont les cris couvrent quasiment les cris des hommes lors de la grande scène d’incendie des champs (oui, le monsieur aime bien faire brûler des trucs dans ses films…). Là encore, il est à noter que l’incendie des champs de blé, (déclenché par le propriétaire lorsqu’il découvre être le dindon d’une farce magistrale), sonne pour les coupables la fin d’un paradis naturel qu’ils espéraient faire leur. La destruction de cet endroit, où la pauvreté et la grande dépression ne sont plus que de lointaines images « d’avant », renvoie à la faute, et au calcul des passions humaines. L’endroit détruit par l’avarice sonne l’heure de l’errance et du retour à la vie miséreuse.

En attendant la dernière partie de cette très très très très intéressante incursion dans le cinéma d’auteur américain, voici un pur petit moment de poésie qui berce la fuite en bateau des trois protagonistes des Moissons…

Linda (voix off) : Nobody’s perfect. There was never a perfect person around. You just got half-devil and half-angel in you. The sun looks ghostly when there’s a mist on the river and evrything’s quiet. I never knowed it before. You could see people on the shore but it was far off and you couldn’t see what they were doin’. They were probably calling for help or somethin’, or they were tryin’ to bury somebody or somethin’. We seen trees that the leaves are shaking and it looks like shadows of guys coming at you and stuff. We heard owls squawkin’ away, oonin’ away. Some sights that i saw was really spooky that it gave me goose pimples. I felt like cold hands touchin’ the back of my neck and- and it could be the dead comin’ for me or somethin’. I remember this guy, his name was Black Jack. He died. He only had one leg, and he died. And i think that was Black Jack makin’ those noises...”

Bonne nuitée les gens...




commentaires

11/08/06 - 23:19

ca tombe bien je ne l'ai pas lu !!!!!!

12/08/06 - 02:39

Tu m'avais prévenu que ce serait long et chiant ^^

la prochaine fois je te croirai :-)

12/08/06 - 10:25

:-)... et une très très bonne journée à vous également Sorty...

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" Juste avant le solstice d'hiver, Khrili Gompo fut envoyé en mission d'observation pour la première fois. Il y avait plusieurs décennies qu'il s'entrainait, et c'était maintenant à lui de partir. On lui avait accordé une demi-minute d'apnée avant le retour. Il disposerait de ces trente secondes pour évaluer l'état du monde et recueillir des éléments sur les peuplades qui l'habitaient encore, sur leur culture et leur avenir. C'était un délai peu généreux, mais, comme conditions de travail, on avait déjà vu pire." Antoine Volodine, Des Anges Mineurs

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