11/08/2006

11/08/06 - 02:57

L'ami Terry et moi...

Surtout, ne lisez pas ce post, il va être long et sans intérêt AUCUN... Mais ça fait longtemps que ça me travaille, et un précédent post expliquera peut-être ma décision de plomber le site avec...



On n’explique pas un coup de foudre, on se le prend juste en pleine poire. Après, on gère comme on peut…

J’ai découvert Terrence Malick avec la Ligne Rouge, à sa sortie au cinéma en 1998. J’étais parti voir un film de guerre de 2h45, plus pour passer un moment avec mon frangin qu’autre chose, et je m’attendais à me faire chier (suivre mon frère au cinéma, ça tient du quitte ou double…). Avant la fin du prologue, j’avais conscience d’avoir trouvé une vision du monde qui me parlait, et plus encore, qui me poussait à la réflexion (ce qui n’a jamais trop été mon fort…). Quelques jours plus tard, j’étais dans un cinéma du 5° pour voir son premier long-métrage « Badlands » qui me mit une telle claque que j’achetais aussi sec le dvd et celui de son deuxième « Les moissons du ciel » à Gibert. En rentrant, je revisionnais Badlands, en laissant les Moissons de coté.
Ca m’a pris un an et demi pour regarder les Moissons du ciel. Malick n’avait fait que trois films en près de trente ans, et l’idée de me les être tous bouffés en moins d’une semaine sans plus rien avoir à me mettre sous la dent m’emmerdait profondément…
Depuis, j’ai vu chacun de ces films entre quinze et cinquante fois, sauf Le Nouveau Monde, vu deux fois au cinéma et dont je viens de récupérer le dvd américain thanks to amazon…

Voilà pour le petit préambule moi-moi-moi… Lui-lui-lui maintenant…

Il est sans doute inutile de présenter trop longuement La Ligne Rouge et Le Nouveau Monde. Le premier raconte la prise de Guadalcanal par les américains pendant la seconde guerre mondiale et le second reprend la légende de Pocahontas (bien que contrairement à John Smith, elle ne soit jamais directement nommée).
La Ballade Sauvage (Badlands, 1975 ) est inspirée de l’affaire Starkweather, et raconte, du point de vue d’une adolescente, l’errance sanglante de deux jeunes « largués », l’un obsédé par l’image de James Dean qu’il aimerait renvoyer de lui-même, et de sa petite amie, si naïve et cruche qu’elle aura besoin de six meurtres, dont celui de son père, pour se rendre compte que son petit ami a « la gâchette facile ».
Les Moissons du Ciel (Days of heaven,1979) narre l’histoire d’un étrange trio : un couple d’ouvriers agricoles (pas très glamours, paraît-il…) se faisant passer pour un frère et une sœur, et du propriétaire terrien pour qui ils vont travailler le temps d’un été, malade en phase avancé, et qui va s’éprendre de la jeune femme. Bill, le « frère » de celle-ci, au courant de la maladie du prétendant, la pousse à accepter le mariage, persuadé qu’un héritage sera bientôt perçu… Le tout est racontée par la (vraie) petite sœur de Bill, qui a onze ans à peine a déjà trop vécue et se fiche plus ou moins de tout ce qui se passe autour d’elle, se contentant de ponctuer les faits sans jamais prendre d’autre parti que sa propre vision du monde.

1. Le panthéisme cosmique

Malick -et son cinéma avec lui- est panthéiste : à ses yeux, les hommes, et la Nature dont ils ne sont qu’une infime partie, sont moins la preuve de l’existence d’un dieu (panthéisme dit acosmique) que Dieu lui-même (panthéisme cosmique) : c’est la somme des êtres vivants et changeants qui fait la divinité présidant au destin du monde, et non le contraire.

Mais l’homme, semble nous dire le réalisateur, a perdu ce principe de vue : il a oublié qu’il faisait partie d’un tout en tentant de s’y donner une importance supérieure. La nature sauvage, indomptée, exempte de toute civilisation forcenée, et dont les natifs seuls gardent la pureté (ex : les indiens du Nouveau Monde, les natifs de l’île où deux déserteurs ont trouvé refuge dans la ligne rouge) est à la fois théâtre et enjeu de cette folie des hommes, tout en lui restant complètement étrangère. Il y a un plan dans La Ligne Rouge, où, au début d’un combat particulièrement redouté par les soldats, la caméra semble soudainement perdre tout intérêt pour la scène et se dirige vers un morceau de colline isolé, où les herbes sous le vent donne l’impression que la colline entière ondule… Immuable, la Nature garde ses distances.

Juste après le meurtre du père de la jeune Holly, dans Badlands, les deux amants criminels trouvent refuge dans une forêt. Là où un scénario classique exigerait des poursuites en bagnoles et des flics à gogo, Malick nous offre un quart d’heure de pur robinsonnade, Holly nous expliquant comment ils y construisent une cabane dans un arbre et à quels point chaque plante de la forêt peut trouver une utilité. Ce décalage entre ce qui est et ce qui « devrait être » montrer, loin de perturber, nous permet de rentrer encore plus profondément dans l’esprit de ces deux jeunes paumés, qui n’aspirent en fait qu’à une simplicité perdue. La petite vie s’organise tranquillement, et c’est dans ce cadre désocialisé qu’ils vont le plus facilement passer pour un couple normal, bateau, voire chiant. La violence ne reviendra que lorsque la société se rappellera à eux. Kit est en train de pécher dans la rivière, s’énerve parce que rien ne vient. Le passage, au loin, d’un camion sur l’autoroute, le poussera d’un coup à prendre un revolver et à tirer en direction des poissons, alertant un policier aux alentours. Fin du paradis, clairement perdu au vu de la tuerie qui suivra…

Théâtre des passions humaines, lieu de rémission des péchés, isolement du reste des hommes, la Nature sauvage est avant tout la terre des origines, où les hommes savaient vivre en son sein en se fondant corps et âme dans le paysage et dans le pouls général. Les instances de Pocahontas l’indienne, avant qu’elle ne soit catholicisée et rebaptisée en Rebecca, sont des prières « païennes » à la Nature, mère première de chacun, et qu’elle appelle donc en conséquence « Mother ». Après son baptême, elle souffrira de ne plus ressentir ce pouls qui la liait au Vivant. Là encore, la société détruit tout, et la simplicité en premier lieu.

La Ligne Rouge commence par ces scènes où deux déserteurs ont trouvé refuge sur une île de Polynésie, dans un village de pêcheurs en bord de mer, où là encore l’homme et son environnement ne font qu’un. On a critiqué à Malick ce long préambule quasi-onirique, où l’on voit les habitants nager, chanter, travailler en harmonie. On lui a reproché ce côté « le bon sauvage est bon », mais ce n’est pas fondé : le peu de dialogues entre Witt et une native prouvent qu’elle est lucide et peu cruche (elle !) face à ce représentant étranger d’une armée inconnue. « J’ai vu un autre monde » dira Witt à son supérieur (Sean Penn), qui lui, militaire chevronné, considère qu’il n’existe qu’un seul monde, où la guerre tient lieu de « fixateur de règles ».

Chaque être vivant et changeant….

Les plans d’animaux sont omniprésents dans le cinéma de Malick, ils reflètent le plus souvent l’esprit des gens les observant, dernière tentative de l’homme égaré pour se fondre dans un décor rassurant. Dans les badlands du Montana, Kit cherche refuge dans la contemplation de rapace là où Bill, dans les vastes champs de blé du Texas fait face à des bisons comme s’il tentait de les sonder, à un moment où il se trouve complètement dépassé par la situation. Dans la ligne rouge, c’est un phasme sur un brin d’herbe qui va bloquer la concentration d’un homme, allongé pour ne pas se prendre une balle de sniper, au moment où la mort sera pour lui si présente qu’il ne lui faudra plus que l’éluder pour continuer d’avancer…

Vous êtes encore là ? Vous n’avez que ça à foutre de lire mes conneries sur des films que vous n’avez probablement pas vus ? Bon, ben, pour les deux insomniaques du fonds, (et toi mon amour qui doit te taper ça par pure gentillesse…) nous continuerons demain sur le sujet ô combien passionnant du traitement des voix off chez notre ami Terry… Bonne nuitée…

commentaires

11/08/06 - 11:25

En tous cas, ça donne envie de revoir La Ligne Rouge, seul de ses films que j'ai actuellement en DVD, avec un autre regard.

11/08/06 - 19:49

d'abord ce n'est pas tant par gentillesse que par interet...
et puis je crois que ton point de vue va me permettre, quand je verrais ces films, de ne pas me comporter en spectateur moyen, qui aurait tendance à trouver certains plans inintéressants, longs et chiants...(à confirmer lol)

11/08/06 - 22:33

mon point de vue reste le mien, à savoir celui d'un mec tellement fan qu'il en perd toute objectivité, et puis, spectateur moyen, ça ne veut rien dire... Il y a beaucoup de cinéphiles qui trouvent l'intégralité des plans de ces films inintéressants, longs et chiants...

12/08/06 - 02:41

Il y a beaucoup de cinéphiles qui trouvent l'intégralité des plans de ces films inintéressants, longs et chiants...

VOUI ! JE CONFIRME !!

12/08/06 - 10:28

alors vous remarquerez, cher Sorty, à quel point mon post lie à merveille le fonds et la forme... :-)

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" Juste avant le solstice d'hiver, Khrili Gompo fut envoyé en mission d'observation pour la première fois. Il y avait plusieurs décennies qu'il s'entrainait, et c'était maintenant à lui de partir. On lui avait accordé une demi-minute d'apnée avant le retour. Il disposerait de ces trente secondes pour évaluer l'état du monde et recueillir des éléments sur les peuplades qui l'habitaient encore, sur leur culture et leur avenir. C'était un délai peu généreux, mais, comme conditions de travail, on avait déjà vu pire." Antoine Volodine, Des Anges Mineurs

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